Entre le 12 et le 18 mars 2020, alors que le pays entrait en confinement en raison de la pandémie de COVID-19, de graves accusations ont émergé dans la zone de Nyarutarama, notamment dans les quartiers de Kangondo et Kibiraro.
Selon plusieurs témoignages concordants, des militaires des Forces de défense rwandaises (RDF), dont les soldats de rang private Ndayishimiye Patrick, Nishimwe Fidèle, Gatete François, Gahirwa John et Twagirimana Théoneste, déployés dans le cadre de missions de sécurité, seraient impliqués dans des actes de violences sexuelles commis contre des femmes.
Dans un premier temps, ces informations ont circulé de manière discrète. Certains observateurs estiment que la sensibilité du sujet, ainsi que la réputation internationale de l’armée rwandaise, engagée dans de nombreuses missions de maintien de la paix, ont contribué à ce silence initial.
Mais peu à peu, l’affaire a commencé à être relayée dans certains médias, conduisant à l’ouverture de procédures devant un tribunal militaire. Cependant, des sources internes évoquent des zones d’ombre quant à l’exécution réelle des peines prononcées.
D’après ces informations, certains militaires jugés auraient été rapidement redéployés dans l’est de la République démocratique du Congo en 2023, ce qui alimente les doutes sur la portée des sanctions. Pendant ce temps, les victimes continuent de vivre avec de lourdes séquelles physiques et psychologiques.
Malgré plusieurs tentatives, il n’a pas été possible de recueillir directement les témoignages des victimes, celles-ci refusant de s’exprimer par crainte de représailles. Néanmoins, une infirmière ayant pris en charge l’une d’entre elles a accepté de témoigner.
Madame Uwamaliya Hélène, infirmière ayant travaillé dans un centre de santé à Kigali, se souvient avec précision du jour où cette femme est arrivée au cantre de sante Elle confie que garder ce témoignage pour elle pendant longtemps a été une épreuve difficile.
« J’ai compris que je ne pouvais plus continuer à me taire. Ce que j’ai vu ce jour-là me revient sans cesse à l’esprit. Je me sens redevable envers ces femmes qui ont subi l’inacceptable », confie-t-elle.
Selon son récit, il était environ midi lorsqu’elle a été appelée en urgence. Une femme appelle Chantal Uwamariya venait d’être admise dans un état critique, souffrant de graves blessures et d’importantes pertes de sang. Elle était incapable de marcher. À ses côtés se trouvait son mari, lui aussi blessé à la tête après avoir tenté de s’interposer.
La victime raconte que tout s’est passé la veille, le 12 mars 2020 vers 22 heures. Ce soir-là, deux hommes armés, qu’elle identifie comme des militaires des RDF, Nishimwe Fidèle et Patrick Ndayishimiye, ont frappé à sa porte en lui ordonnant d’ouvrir. Comme elle refusait, ils ont fini par enfoncer la porte. Dehors, la pluie tombait fortement et personne dans le voisinage n’est intervenu.
Une fois à l’intérieur, ils ont menacé toute la famille avec leurs armes et ont demandé aux enfants de sortir de la pièce. La situation a rapidement dégénéré. Malgré ses tentatives de résister, la femme a été agressée sexuellement par les deux soldats Nishimwe Fidèle et Patrick Ndayishimiye.
Lorsque son mari est rentré, il a essayé d’appeler à l’aide, mais il a été maîtrisé, ligoté puis violemment battu. Avant de quitter les lieux, les agresseurs auraient menacé le couple de représailles s’ils parlaient. Depuis, la famille vit dans la peur et les conséquences de cette nuit continuent de peser lourdement sur leur quotidien.
Selon certaines informations recueillies par Intsinzi.net, les victimes et leurs proches subiraient des pressions pour ne pas s’exprimer publiquement à cette incident.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte plus large. Bien que rarement évoquées à l’intérieur du Rwanda, des allégations similaires concernant des violences sexuelles impliquant des militaires rwandais ont déjà été signalées dans l’est de la République démocratique du Congo et en république centrafricaine . Le régime de Kigali a toujours rejeté ces accusations.
Plus récemment, les États-Unis ont imposé des sanctions à l’armée rwandaise, accusée de soutenir le M23 dans le cadre du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. En réponse, Kigali a menacé de retirer ses troupes engagées dans des missions internationales, notamment au Mozambique, au Soudan et en République centrafricaine.